
Un des ciments qui retiendra ensemble les individus
La nostalgie de la culture générale ne recouvre-t-elle pas le regret d'un temps où tout était clair et simple, du temps des évidences et des certitudes, d'un temps qui pouvait paraître immuable ? Peut-être y aurait-on eu l'assurance inébranlable de ce qui devait et qui pouvait incontestablement constituer le coeur incompressible du savoir dont la possession permettrait à l'honnête homme d'être considéré et de se considérer soi même, comme un homme cultivé. Cette culture générale était bien un signe de distinction au même titre que les bonnes manières ou encore que l'élégance. Cette culture générale était latine et française. Elle était littéraire, historique et raisonnablement religieuse. Elle permettait de connaître à la fois les dieux de l'Olympe, les prophètes d'Israël, et les pères de l'Eglise quand leur langue était honnête. Les grandes batailles, la chronologie des règnes, la description des affluents des fleuves, la connaissance de tous les détails de l'organisation administrative du territoire y tenaient leur place. Cette culture issue de l'école et des Ecoles, du lycée et de l'université était plus enracinée dans les domaines du savoir que dans ceux de la culture au sens moderne du terme, même si on n'y avait pas totalement négligé les arts, la musique et l'architecture. L'homme cultivé avait souvent plus voyagé dans les encyclopédies et les atlas qu'à travers le monde. Sa culture générale lui ouvrait à la fois les salons, les cercles, et les concours administratifs qui, longtemps, sont restés attachés à la nécessaire vérification de la culture générale que possédaient les candidats à leur passage. Si la culture générale s'était bien aventurée…
Auteur : AILLAGON Jean-Jacques
Magazine : Grandes Signatures n° 1 Page : 11-11
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