"C'est le temps qui est en cause pour la pérennisation de la culture"
Anticulture ?
Je ne pense pas qu'il y ait un mouvement anticulturel mais plutôt un mouvement aculturel (dans le sens du « a » privatif).
Je ne vois pas d'obstacles en tant que tels à la culture, mais je pense qu'il n'est pas impossible que, dans le futur, la culture, petit à petit, se dégrade, se transforme, devienne méconnaissable.
Mon point de vue sur la culture est peut-être un peu strict : si pas d'écrit, pas de culture. En effet, l'écrit est la base de la culture. L'écrit est capital car son rapport avec le lecteur est « bi-univoque ». Il lui apporte des connaissances et il lui stimule le cerveau. La lecture est un stimulant de l'activité intellectuelle, elle permet de rêver, s'évader, imaginer, atteindre des émotions. Les grands auteurs sont ambigus. Ceux qui offrent à chacun des lecteurs les moyens de trouver dans leurs œuvres une résonance spécifique sont les plus grands, car ils touchent plus de monde.
Le cinéma est important bien sûr, mais il ne faut surtout pas lui donner un rôle exclusif, car l'exclusivité du visuel peut mener à l'acculturation.
On est pris par le film, on a des émotions mais ce ne sont que des impressions. La preuve en est que si vous parlez avec des gens – même si ce sont des cinéphiles avertis – à la sortie d'une séance de cinéma, vous rentrez peut-être dans le sujet mais il ne reste que les impressions qui répondent aux émotions ressenties devant l'écran.
Alors que dans un grand roman comme Les Mémoires d'Hadrien ou Les Raisins de la colère on sait vraiment ce qu'il y a dedans, le cerveau a été stimulé, les émotions enregistrées.
Le livre ne se porte pas si mal.
Oui, si l'écrit devait reculer ce serait grave...
Auteur : Allègre Claude
Magazine : Grandes Signatures n° 2 Page : 6-7
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