"Elle étouffe l'individu"
Au centre de l'idée de culture, il y a une idée de l'Homme. L'anticulture est ce qui concourt à nier la singularité individuelle de chaque homme et empêcher que cette singularité s'exprime. L'anticulture refuse à chaque homme les moyens d'expression de ce qui nous paraît essentiel. Elle étouffe l'individu.
La culture favorise la compréhension du fonctionnement d'une société, d'une période historique, d'un individu. Elle représente tout ce qui aide à décrypter à la fois l'individu, l'organisation sociale et le mécanisme des événements. C'est la culture qui récuse la simplification, développe l'intelligence de la complexité. Une œuvre, que ce soit un roman, un film ou un tableau, apporte quelque chose à la culture lorsque d'une part elle permet ce décryptage et d'autre part provoque la sensation qu'on ne peut pas aller jusqu'au bout car l'opacité demeure.
Quand j'écris un roman, j'ai l'espoir que le lecteur va à la fois découvrir que ce qu'il croit obscur l'est moins que ce qu'il imaginait et comprendre que ce qu'il imaginait clair et transparent est plus obscur que ce qu'il ne pensait ; tel un rappel de l'inépuisable richesse de la réalité.
Partant de là quelle idée peut-on se faire de l'anticulture ? Toutes les sociétés sont barbares et l'anticulture est l'expression de cette barbarie.
Mais on peut trouver des appuis et des voies pour que chaque homme soit plutôt poussé vers la résistance à la barbarie que vers la soumission. Il faut croire au postulat de la liberté de l'homme et donc de sa capacité à choisir.
L'épaisseur d'un livre c'est aussi ça : donner des moyens d'être résistant.
Auteur : Gallo Max
Magazine : Grandes Signatures n° 2 Page : 9-9
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